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Les Grands Visionnaires

> Mademoiselle Lenormand 1772 - 1843

Marie-Anne Le Normand, plus connue sous le nom de "Mademoiselle Lenormand" est sans doute la voyante la plus célèbre des temps modernes ; elle doit cette popularité à un jeu de cartomancie.

Le Grand jeu de société et pratiques secrètes de Mlle Le Normand paraît dès 1845 en cinq petits volumes, assorti d’un jeu de cinquante-quatre cartes devenu depuis un classique de la cartomancie et parfois présenté comme un "Tarot". Il est actuellement baptisé « Grand jeu de Melle Lenormand ». Cependant, des doutes sont émis à propos de la création de ce jeu par Melle Lenormand elle-même.

Ce jeu qui porte son nom n’est pas d’elle. C’est un éditeur parisien qui a profité de la publicité faite autour de sa mort (en 1843) 2 ans après il a sorti un grand jeu qui ne reflète vraisemblablement pas ses idées.

Cette réputation de voyante a franchi les frontières, au point qu’un petit jeu de société à trente-six cartes né en Allemagne, au style très germanique, est rebaptisé "Petit Lenormand". Là aussi, ce jeu n’est pas d’elle.

Marie-Anne Lenormand se sert des cartes, mais aussi du marc de café, du plomb fondu... Cependant, sur ses ouvrages, elle ne parlera guère des techniques qu’elle utilisait mais plutôt de ses visions et de ses oracles.

Etrange fille que cette Anne-Marie Lenormand, née à Alençon le 25 mai 1772. Peu gracieuse, sans fortune, elle deviendra pourtant l’une des personnalités les plus en vue et aussi les plus déconcertantes de la Révolution, du Directoire et de l’Empire napoléonien. Mieux, elle allait, elle aussi jouer un rôle dans la carrière et le destin de Napoléon Bonaparte.

A sept ans, elle prédisait déjà l’avenir comme d’autres jouent à la marelle. A seize, moyennant quelques sous qui complétaient un misérable salaire, elle donnait des consultations de voyance dans l’arrière boutique de la lingerie qui l’employait. A quelques esprits éclairés venus d’abord la voir avec une curiosité un peu amusée, elle prédit la Révolution à venir avec des détails sanglants, et (du moins certains le prétendent) l’apogée puis la chute de l’Empire.

Elle s’installe au 9 puis au 5 de la rue de Tournon à Paris où elle demeurera pendant près d’un demi-siècle... Sa renommée devient immense. Le Tout-Paris de la révolution se presse chez elle. Toute la carrière de l’extraordinaire voyante est jalonnée de prédictions précises, à long terme et sans concession aux puissants du moment et sa franchise lui valut plus d’un ennui.

Elle sera arrêtée plusieurs fois. Napoléon, bien qu’il s’en défende (peut-être se souvenait-il de Bonaventure Guyon) et bien que son code pénal interdise "tous ceux qui font profession de dévoiler l’avenir par les cartes ou tout autre moyen", a été indiscutablement impressionné par ses talents. On lui reproche notamment d’avoir trempé dans un complot contre Napoléon tant sa prédiction était trop précise, à la date près, la conspiration qui faillit jeter l’empereur au bas de son trône et lui coûter la vie.